COMMENT FAIRE DES VULNERABILITES UNE SOURCE DE PERFORMANCE ? – SYNTHESE DU PETIT-DEJEUNER DU 14 JANVIER 2026
Les clients, les collaborateurs, les organisations sont vulnérables. Pourtant, la vulnérabilité est une composante rarement intégrée dans l’univers de la performance. Ainsi, deux tiers des Français ayant traversé une situation de vulnérabilité estiment que le soutien de leur entreprise n’a pas été suffisant.
Qu’est-ce que la vulnérabilité et en quoi nos organisations sont-elles vulnérables ? S’appuyer sur nos vulnérabilités peut-il être un levier de performance ? Comment l’intégrer dans la culture de l’organisation pour renforcer les compétence clés dans les métiers de l’Assurance ?
Après plus de 12 ans de carrière dans le luxe, Pascaline de Broissia a fondé le cabinet de conseil L’Equipage pour accompagner les organisations et les équipes dans leur transformation. Celles qui veulent comprendre, accueillir et transformer la vulnérabilité pour en faire une force de fidélisation, de cohésion et de performance durable.
1/La métaphore du vélo et de la dynamo
- Chacun a sa propre vision de la vulnérabilité. Et si nous prenions l’image de la dynamo sur nos anciens vélos pour en faire une métaphore de la vulnérabilité ? C’est un frein à la vitesse pour un même effort et c’est aussi la lumière qui nous permet de continuer à avancer en évitant la chute ou la mauvaise route.
- La vulnérabilité est considérée comme génératrice de résistances et donc un frein à la performance. Et pourtant, cette forme de résistance peut être convertie en énergie et constituer un levier de performance.
- Comme la dynamo d’un vélo, savoir intégrer la vulnérabilité permet de fournir plus de sécurité aux individus et aux collectifs pour ne pas les épuiser. Comment ? En donnant un éclairage sur les limites de nos modèles actuels afin de les faire évoluer ; en transformant cette énergie pour développer des compétences ; des savoir-faire et des savoir-être.
- Revenant sur son parcours professionnel, Pascaline de Broissia considère qu’elle a pédalé en danseuses pendant 15 ans sur son vélo : performance et excellence, sa vie d’ancienne dirigeante chez Hermès fut une course sur une pente ascendante ! En 2014, un cumul de situations de vulnérabilités lui fait prendre un vrai virage et quitter cette belle entreprise : sa promotion ; une nouvelle équipe à recruter ; la naissance de son enfant et le décès d’un proche. C’est trop et l’accompagnement dans cette période de vulnérabilité lui paraît insuffisant. Le lien de confiance se casse. Et une envie naît : créer sa propre entreprise, L’Equipage qui emploie aujourd’hui 10 personnes.
- Depuis 5 ans, L’Equipage porte la vulnérabilité dans les entreprises et propose des missions de coaching de soutien et des accompagnements qui renforcent les organisations, en contribuant à faire évoluer le regard porté sur ce sujet pour ne plus en avoir une vision négative.
- En parallèle, Pascaline de Broissia, anime un groupe de dirigeants et corédige le guide “Comment libérer le potentiel de transformation de la vulnérabilité”. Résultat du groupe de travail constitué de dirigeants et DRH de plusieurs secteurs : TPE/PME et ETI et grands groupes (Bayard, Société Générale, Veolia…) et challengé par des experts, avec le soutien de partenaires que le Cercle Vulnérabilités et Société ou le Mouvement Impact France, entre autres.
2/Etre vulnérable, c’est être vivant !
- Selon le Baromètre Vulnérable – IFOP « Les Français et la vulnérabilité : représentations et vécu » de 2024, 84 % des Français interrogés estiment que la vulnérabilité a une connotation négative. Elle est synonyme de personnes malades, âgées, porteuses d’un handicap ou isolées socialement. La vulnérabilité peut aussi être associée aux accidents de la vie ou les crises : deuil, maladie, burn out, divorces… associés au mal-être.
- Pourtant, la vulnérabilité est propre à tout être vivant qui peut potentiellement être blessé. Selon Brené Brown, travailleuse sociale et chercheuse en sciences humaines et sociales à l’université de Houston, la vulnérabilité est aussi la capacité à s’ouvrir, à partager ses doutes, ses craintes et à prendre un risque émotionnel.
- La vulnérabilité n’est pas linéaire et connaît 3 situations (cf schéma p. 8 du guide “Comment libérer le potentiel de transformation de la vulnérabilité”) :
- la vulnérabilité intrinsèque qui caractérise tout individu dans sa capacité à être blessé ;
- la vulnérabilité accrue (ou fragilité) parce qu’elle est amplifiée à la suite d’un événement personnel ou professionnel, avec à la clé un risque d’isolement, de perte de confiance ou d’épuisement ;
- la vulnérabilité transformée : acceptée et valorisée, elle peut être source d’apprentissage, d’amélioration matérielle, immatérielle de « croissance post-traumatique »
- Intrinsèque ou accrue, la vulnérabilité n’a pas à être sublimée ou stigmatisée, car l’intégrer crée de la valeur à condition de savoir l’accompagner.
3/ En quoi les entreprises sont-elles vulnérables ?
- Selon le même Baromètre Vulnérable-IFOP, 57 % des Français ont vécu une situation de vulnérabilité accrue (deuil, divorce, épuisement professionnel, chômage…), 54 % d’entre eux considèrent qu’elle a eu un impact sur leur travail. Et dans les 2/3 des cas, l’aide reçue par l’entreprise, est jugée insuffisante et altère la perception de l’entreprise.
- Sujet tabou pour 80 % des Français interrogés ou insuffisamment pris en compte, la vulnérabilité engendre des coûts cachés : désengagement, arrêts maladie, risque de réputation avec l’essor des réseaux sociaux notamment.
- L’entreprise qui ne prend pas en compte les vulnérabilités de ses collaborateurs devient elle aussi vulnérable… dans un monde vulnérable face au dérèglement climatique, aux crises et changements majeurs.
- La vulnérabilité n’est pas un état, c’est une condition concernant les individus, les organisations… et les systèmes. Il ne s’agit plus de se demander si l’entreprise est vulnérable, mais comment intégrer cette condition dans l’équation de la performance.
4/Et les entreprises d’Assurance ?
- Si les individus et les entreprises étaient invulnérables, l’Assurance n’aurait pas de raison d’être. Pour autant, les organisations de ce secteur doivent aussi prendre en compte les vulnérabilités de leurs collaborateurs exposés à des charges émotionnelles fortes, en front office ou face aux situations de fragilités de leurs assurés en cas de sinistres (accidents de la route, inondations…), de maladies graves, décès…
- L’exigence de fiabilité des modèles de prévisions dans un monde instable est un exercice périlleux et le risque de grand écart existe entre la nécessaire gestion du risque et la réalité humaine.
- La symétrie des attentions est primordiale. Sinon comment bien protéger ses assurés en situation de vulnérabilité accrue si celle des collaborateurs est niée ? Et les injonctions contradictoires sont sources de désengagements, en particulier à l’égard des jeunes générations. Elles peuvent aussi accroître les vulnérabilités qui deviennent des fragilités.
5/Comment la vulnérabilité devient source de performance
- La reconnaissance des vulnérabilités est un levier de fidélisation, d’attractivité et d’innovation. Au sein d’une équipe, il faut pouvoir exprimer ses doutes ou ses idées sans crainte d’être jugé… Créer les conditions d’une confiance renforcée et sincère soude les équipes et génère de l’entraide. Cette boucle vertueuse de la confiance nourrit le sens au travail et sécurise un collectif dans lequel chacun sait qu’il sera soutenu en cas de difficultés. D’après l’étude du projet Aristote (réalisée par Google) : renforcer la sécurité psychologique favorise la créativité et la performance.
- L’Equipage accompagne les membres des comités de direction pour les ouvrir à cette dimension créatrice de valeur de la vulnérabilité. La démarche permet de réduire les zones de flou, de souder davantage les équipes et les rendre plus performantes. L’Equipage forme aussi les managers et les équipes RH pour renforcer leurs compétences nécessaires à une posture de compréhension, de soutien pour être à sa juste place : ni apathique, ni sauveur, mais dans une posture d’écoute active, empathique. Développer sa capacité à écouter les signaux faibles fait remonter l’information réelle, génère de l’engagement au travail, améliore l’attractivité et contribue à la robustesse de l’entreprise.
- S’autoriser la vulnérabilité libère une énergie qui était gaspillée à la cacher. Cette énergie libérée favorise la créativité et l’innovation. L’erreur fait partie du processus de création. C’est vrai dans le domaine artistique et le sport donc pourquoi pas dans l’entreprise ?
- Pour intégrer la vulnérabilité dans la culture de l’entreprise et ne pas risquer le « care washing » ou tomber dans le monde des « bisounours », quelques pistes :
- l’incarnation par les dirigeants : poser une vision claire, engagée et incarnée du leadership vulnérable ;
- intégrer la vulnérabilité dans la stratégie, les indicateurs de performance globale et s’appuyer sur les partenaires sociaux ;
- embarquer dans ce changement de paradigme toute l’entreprise avec des conférences, des témoignages de rôles modèles, des formations, des safe space pour retrouver l’effet « machine à café » ;
- intégrer les bonnes pratiques (QVCT, DUERP, indicateurs, accords entreprises…)
- coconstruire les solutions d’ajustement supplémentaires en impliquant les collaborateurs concernés ;
- s’appuyer sur une aide extérieure en cas de besoin lors de situations contextuellement difficiles (à l’échelle personnelle ou collective) ;
- valoriser ce que ce changement de paradigme rend possible, le mesurer et l’ajuster dans la durée.